3- Spectacle vivant


Beaucoup d’eau a coulé depuis le dernier article. Sans doute l’eau du Maroni en crue que je n’ai pu remonter sous les pluies diluviennes de la Guyane. Sans doute aussi piqué par la mouche tsé-tsé, ou peut-être dans mon sommeil par la mygale que j’ai ramenée à la maison. Elle est naturalisée mais sans papiers dans sa prison de verre, mais je me méfie des rêves. Toujours est-il qu’un énorme palmier a poussé sur la paume de mes mains.

Cela dit, j’ai tout de même eu un sursaut créatif puisque j’ai trouvé de l’énergie pour écrire une pièce de théâtre inspirée du duel historique entre le Chevalier d’Eon et le Chevalier Saint-George. Une comédie en musique intitulée “Duel d’ombres”, et en alexandrins. Oui, en alexandrins. Je l’avais d’abord écrite en prose, puis me ravisant, je me suis dit que l’alexandrin collerait bien avec cette comédie légère et musicale. A première vue, si on y réfléchit un peu, ça peut paraître bizarre d’écrire au XXIè siècle une pièce en alexandrins, baroque même. D’autant qu’à l’époque où se situe l’action, le 9 avril 1787, date exacte du duel organisé à Londres, Beaumarchais et bien d’autres avaient déjà abandonné cette forme classique. Alors quelle mouche (ou quelle mygale) m’a piquée? Le plaisir d’abord. Oui, c’est un véritable plaisir que de ciseler sa langue dans cette forme si musicale. Un challenge aussi. Mais il m’est aussi très vite apparu que la contrainte imposée par l’alexandrin est très créative. Elle permet de trouver des solutions stylistiques mettant en valeur le sens des répliques, mais plus encore, condense et révèle du sens, crée des ouvertures nouvelles, des niches qui m’ont permis d’alimenter ce texte et d’en exhaler tout le parfum. Un autre intérêt de cette forme, est qu’elle facilite la distanciation théâtrale autant que la distinction des personnages. Intéressant d’ailleurs de noter que distinction et distanciation sont de même nature. Elles sont cet habit invisible, ce “je-ne-sais-quoi” comme disait Balthazar Gracian qui définit la grâce, et la tenue, le port d’une noblesse liée à la représentation du corps. Duel d’ombres est un jeu sur la représentation et l’opposition des images du corps qui se fait dans la conversation. Conversation à la fois sensuelle et conflictuelle. D’une certaine façon l’alexandrin élève les personnages de la prose du monde et les y dessine avec précision. Joute verbale à fleurets mouchetés, piques et frottements d’épidermes, ces deux escrimeurs restent à distance d’eux-mêmes et de de notre époque pour mieux mettre en abîme des questions contemporaines.

Alors non, rassurez vous, je ne suis pas devenu un vieux réactionnaire, une mygale au plafond, ayant la nostalgie des formes anciennes. Je crois au contraire que l’alexandrin, pour autant qu’on sache le manier sans se faire piquer, peut être un outil créatif pour une forme contemporaine. Et puis zut! Marre de ces pièces de théâtre où le texte n’est qu’amas de mots, matière informe prétexte (prête-texte) à des fantasmes de metteurs en scène bandés sur la question du corps. On a un peu trop tendance à oublier que le premier corps du théâtre est le texte lui-même et que le corps au théâtre comme dans la vie n’est rien s’il n’est habillé et tenu par un langage qu’il soit parlé ou gestuel.

Anne Sée

Anne Sée

Duel d’ombres sera mis en lecture à Avignon le 21 juillet 2008 à 10h 30 au théâtre du Petit Louvre et le 22 juillet à 15h à la Maison Jean Vilar. Lu par Anne SEE (Chevalier d’Eon) et Stany COPPET (Chevalier Saint-George), mis en espace par Caroline DUCROCQ avec des extraits musicaux du Chevalier Saint-George.

extrait musical: Saintgeorges_string_5

Duel des Chevaliers Saint-George et d'Eon à Londres le 9 avril 1787

Duel des Chevaliers Saint-George et d'Eon à Londres le 9 avril 1787

Une naissance, c’est toujours émouvant et c’est le cas pour ce festival nouveau-né à Lourmarin le 26 juin 2008. Lourmarin, jolie bourgade où vivait Albert Camus juste avant son tragique accident de voiture du 4 janvier 1960 dans la voiture de Michel Gallimard. Plaisir d’être invité en tant qu’écrivain pour soutenir ce festival ensoleillé et chaleureux nommé Sun Art. Plaisir d’échanger avec des lecteurs attentifs et passionnés, tous âges confondus. Plaisir d’entendre et découvrir à l’ombre fraîche du très beau temple cet incroyable conteur qu’est Emile Abossolo M’Bo, de retrouver la belle, sympathique et fantasque Aissatou Thiam qui vient d’écrire un livre sur sa vie en collaboration avec Marc Tardieu. Plaisir encore de retrouver depuis si longtemps le fabuleux Manu Dibango qui semble immunisé contre les caresses de l’âge. Plaisir enfin de flâner sous ce soleil estival, mon panama vissé sur la tête dans cette ambiance de beauté et d’intelligence qui semble émaner des murs, des échoppes et du public. Pas étonnant qu’Albert Camus ait choisi cette commune comme lieu de résidence. Son fantôme chaleureux et humaniste y traverse les murs.

Ecoute d'histoires de l'esclavage racontées à marianne et discussion autour du texte dans la très belle boutique du Voyageur sans bagage.

Ecoute d'histoires de l'esclavage racontées à marianne et discussion autour du texte dans la très belle boutique du Voyageur sans bagage.

Voir aussi:


logo_salonoutremer.jpg1) Rencontre avec Alain Foix - Samedi 20 Octobre 2007
Salon Delgrès : 15h45 - 16h15

2) Représentation théâtrale de Pas de prison pour le vent
Dimanche 21 Octobre - Salle Félix Eboué - 14h30
Mise en scène d’Antoine Bourseiller. Avec Marie-Noelle Eusèbe, Sonia Floire, Mariann Mathéus, Alain Aithnard.

Entrée libre et gratuite
Secrétariat d’Etat à l’Outre-Mer
27 rue Oudinot, 75007 Paris
www.outre-mer.gouv.fr

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FENCE A ISTANBUL

LE FENCE, réseau européen d’auteurs de théâtre se réunissait à Istanbul du 31 mars au 8 avril 2007 dans le cadre du festival de théâtre Oyun Yaz. Au programme réunions débat sur l’état du théâtre en Turquie et en Europe, la place de l’auteur, du metteur en scène, les réseaux et moyens de production. Egalement spectacles et lectures.

FENCE ISTANBUL EN IMAGES:

séance de travail au hammam
autre groupe de travail au hammam
no comment

no comment

autre groupe de travail au hammam

pasdeprison-foix.jpg
Du 17 octobre au 1er décembre 2007 - du mardi au samedi à 19h

A travers cette pièce de théâtre, c’est bien d’un hommage qu’il s’agit : Alain Foix a voulu, à l’occasion du 25ème anniversaire de la mort de Gerty Archimède, ranimer la voix de cette grande Dame qui a affirmé, toute sa vie durant, sa générosité et son dévouement pour la Guadeloupe et les Antilles. L’auteur a choisi de relater la rencontre entre deux personnages qui ont marqué leur époque : Gerty Archimède, avocate et militante politique, et Angela Davis, afro-américaine, dans les années 70. Toutes deux ont porté le combat sur tous les fronts avec pour seul but de lutter pour la justice, l’égalité et l’émancipation des peuples.

« Cette histoire vraie qu’Angela Davis rapporte dans son autobiographie et qui lui donna l’occasion de sa rencontre avec Gerty, je la fais mienne offrant à ces deux grandes Dames de notre histoire contemporaine une nouvelle occasion de dialoguer » (Alain Foix)

Tout se passe en présence d’un personnage pour le moins insolite, le vent : il ramène constamment Gerty Archimède au cyclone de 28 qui éveilla par le malheur, sa conscience politique.

Mise en scène de Antoine Bourseiller
Avec Marie-Noëlle Eusèbe (Gerty Archimède), Sonia Floire (Angela Davis), Mariann Mathéus (Soeur Suzanne), Alain Aithnard (l’homme)
Design sonore : Jean-Baptiste Barrière

Théâtre du Lucernaire
53, rue Notre Dame-des-Champs 75006 Paris

www.lucernaire.fr
RESERVATIONS au 01 45 44 57 34