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Une naissance, c’est toujours émouvant et c’est le cas pour ce festival nouveau-né à Lourmarin le 26 juin 2008. Lourmarin, jolie bourgade où vivait Albert Camus juste avant son tragique accident de voiture du 4 janvier 1960 dans la voiture de Michel Gallimard. Plaisir d’être invité en tant qu’écrivain pour soutenir ce festival ensoleillé et chaleureux nommé Sun Art. Plaisir d’échanger avec des lecteurs attentifs et passionnés, tous âges confondus. Plaisir d’entendre et découvrir à l’ombre fraîche du très beau temple cet incroyable conteur qu’est Emile Abossolo M’Bo, de retrouver la belle, sympathique et fantasque Aissatou Thiam qui vient d’écrire un livre sur sa vie en collaboration avec Marc Tardieu. Plaisir encore de retrouver depuis si longtemps le fabuleux Manu Dibango qui semble immunisé contre les caresses de l’âge. Plaisir enfin de flâner sous ce soleil estival, mon panama vissé sur la tête dans cette ambiance de beauté et d’intelligence qui semble émaner des murs, des échoppes et du public. Pas étonnant qu’Albert Camus ait choisi cette commune comme lieu de résidence. Son fantôme chaleureux et humaniste y traverse les murs.

Ecoute d'histoires de l'esclavage racontées à marianne et discussion autour du texte dans la très belle boutique du Voyageur sans bagage.

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L’autre soir, la représentation de Pas de prison pour le vent a reçu au Lucernaire une spectatrice très spéciale. Elle dansait au rythme de la musique, tapait des pieds, agitait ses bras, et réagissait bruyamment à chaque répartie qui lui semblait juste et bien à propos. Elle s’est levée aux applaudissements en manifestant son enthousiasme avec une énergie surprenante, débordante. Elle était encore dans le hall lorsque je suis descendu, et je la voyais se pâmer auprès des comédiens et des spectateurs fascinés et amusés par cette étrange personnalité qui avait fait le spectacle au milieu du public. Lorsqu’elle a su que j’étais l’auteur de cette pièce, elle a tenu à m’embrasser et me tenir dans ses bras. Je pus alors vérifier qu’elle n’avait pas bu et que ses pupilles n’étaient pas dilatées. Donc qu’elle n’était sous l’effet d’aucun narcotique. Une folle ? Ses paroles étaient cohérentes, son discours raisonnable bien qu’un peu boursoufflé. On l’aurait dit plutôt possédée, grosse de quelque chose. Je me suis dit que c’était ça, l’enthousiasme, littéralement être «endieusé», possédé par dieu (theos). En l’occurrence, la pièce l’avait engrossée. La tragédie grecque ou le vaudou haïtien nous donnent l’exemple du fonctionnement de cet enthousiasme théâtral. Mais ils sont cadrés par des règles sociales et rituelles strictes. Cette spectatrice semblait faire fi de toute règle sociale. Il y a des gens qui, comme le sont beaucoup de trisomiques, n’ont pas cette barrière comportementale et sociale les empêchant de manifester de façon directe et immédiate leurs sentiments. Dotés d’une forme de surhumanité, leur sensibilité sans protection laisse voir leur humanité comme une montre sans cadran laisse apparaître le mécanisme.
On en a longuement parlé avec les comédiens. Ils m’ont affirmé qu’hormis le fait qu’elle tapait des pieds à certains moments, ses réactions au texte étaient justes et subtiles, et qu’en cela, non seulement elle ne les gênait pas, mais elle les aidait en soulignant leur jeu. Nous l’avons regardée partir en observant sa démarche. Une belle démarche, équilibrée, de femme. Une hystérique peut-être, mais de nature douce, apparemment. Je m’interrogeais sur cette absence de surmoi qui laissait apparaître le moi à nu, ou plutôt le sous-moi, en pleine clairière du théâtre. Peut-être, me disais-je, sommes nous trop tenus, et que peut-être était-elle dans le vrai. Mais évidemment, plus d’un spectateur de ce type dans une salle, rendrait difficiles les représentations.
En revenant le lendemain au théâtre, le régisseur m’apprit que cette fameuse spectatrice avait pissé sur les coussins de son fauteuil. Il avait dû les jeter. Ainsi est confirmé le fait que le surmoi m’empêche de faire sous moi.