Y a-t-il de la poésie après Césaire ? Oui, je l’ai trouvée sur un site interactif. Je vous en livre brut un échantillon avec son orthographe très spécifique et sa plus belle perle : les filtres à réponse impulsionelle infinie :

Putain si c’est pour disserter sur des sujets comme : non c’est pas Nyquist c’est Shannon !!!
on s’en branle, il s’avere que maintenant, on n’utilise plus souvent le nom du physicien Shannon pour le celebre Fe > 2*fmax mais perso j’en ai rien a fouttre qu’on attribue la frequence minimal necessaire a la restitution du son, a l’un ou a l’autre… sinon sur la frequence d’echantillonnage je pense que l’explication de Gabou au debut de l’article etait relativement bien synthetisé…Enfin maintenant on utilise le surrechantillonnage pour permettre de filtrer numeriquement car les filtres analogiques comme le dit Gabou ont tendence a induire des distortions de phases…..et la merveille du numerique c’est que les filtres n’induisent pas ces distortions…Donc on surrechantillonne, on filtre passe bas avec une marge importante ( pente faible -> distortion de phase quasi nulle), on echantillonne et quantifie, puis on filtre a nouveaux passe bas numeriquement ( pas de disto de phase), on decime les echantillons ( relatif au taux de surrechantillonnage) et finalement on retombe sur nos 44.1kHz…et c’est gagné

-Là, par contre, je t’arrête ( mais de manière courtoise, hein ). Un filtre introduit toujours une distorition de phase. Tu ne peux pas filtrer sans dephaser ( si, un filtre du style y = G * xn mais appeler un gain un filtre, c’est un peu pedant ). L’interêt du filtrage numérique, c’est que tu peux faire, entre entre, des filtres numérique à phase linéaire, ce qui est strictement impossible, ou en tout cas très difficile à faire en analogique. Mais de nombreux filtres ( comme ceux des synthés ou des EQ, en général ), sont des filtres dits à reponse impulsionnelle infinie, qui permettent de se rapprocher le mieux des filtres analogiques ( car ceux ci “sonnent” bien, sans que l’on sache très bien ce que sonner veut dire -> grand enjeu pour moi du numérique dans les prochianes années en audio ), mais ayant une réponse en phase assez non linéaire ( ie toutes les fréquences n’ont pas le même déphasage à la sortie du fil

baptême de la rue Gerty Archimède en présence d'Anne Hidalgo et de madame la maire du 12è arrondissement

baptême de la rue Gerty Archimède en présence d'Anne Hidalgo et de madame la maire du 12è arrondissement

Gerty Archimède est née le 26 avril 1909. Elle aurait à ce jour 99 ans. Aînée de 5 ans du poète décédé il y a peu avec qui elle a mené des combats, elle a une rue à son nom depuis près d’un an, et Césaire en aura tout autant, comme Saint-George, il y a quelques ans. Les rues de Paris se créolisent.

discours

discours

Pour cet anniversaire je publie sur ce blog le discours que j’ai prononcé à l’occasion du baptême de la rue Gerty Archimède (12è) le 22 mai dernier:

Chère tante Gerty,

Voilà, tu as une rue avec des cris d’enfants, une école, une volière, des oiseaux d’avenir dans une rue enfantée par ton nom. Ce n’est pas la première, mais elle est à Paris. Elle fleurit en ce temps des cerises. Et les merles moqueurs à compter de ce jour y mêleront un accent créole à celui des faubourgs. Mais elle est à Paris, près des quais de la Seine et tout près de Germaine, ta petite sœur tant aimée, décédée et noyée à deux pas, emportant un enfant dans son ventre. Un enfant que tu n’as jamais eu. Tu n’as pas eu d’enfants mais tu es la marraine de tous ceux que tu n’as pas eus. De Guadeloupe, de Martinique, de la Guyane et de la Caraïbe, et même aujourd’hui de Paris, tous peuvent se dire d’une façon ou d’une autre ton enfant, ton neveu ou ta nièce. Tous peuvent t’appeler comme je l’ai toujours fait « tante Gerty ». Car il ne fait aucun doute que tu es notre tante, à nous tous. C’est par toi et des êtres comme toi, par l’emblème de leur vie donnée en exemple, qu’une famille, élargie à une île apparaît. Et au-delà de cette île, d’autres îles, tout l’ensemble caraïbe attaché par le temps et l’espace aux immenses continents. Et il n’est pas à douter qu’en Afrique où tu portas ton combat pour les droits des plus faibles et des plus démunis, en Amérique où ta lutte a trouvé l’écho d’autres combats pour l’émancipation humaine, en Europe où, jusqu’à l’est des Balkans a retenti ta voix, il n’est pas à douter qu’il s’y trouve des personnes qui t’appellent tante Gerty. Tante Gerty, tu n’as pas eu d’enfants, mais on sait à quel point tu aimais t’entourer de leurs cris comme celui des oiseaux. Mais on sait à quel point ces marguerites blanches éclairant ton salon te chantaient en silence cet amour auquel tu auras renoncé. Ta robe noire d’avocate avec son seul pétale fit un deuil silencieux, tout comme fit la soutane de Raymonde, ta petite sœur religieuse appelée Sœur Suzanne. Les enfants comme les oiseaux ont ceci de commun qu’ils nous font mesurer tout le poids de ce monde. Toi tu l’as endossé tout comme sœur Suzanne avec le costume d’un cruel renoncement. Elle a, sur sa poitrine, porté toute sa vie une croix. Toi sa grande sœur, tu as combattu Sainte-Croix. Sainte-Croix, ton père. Sainte-Croix Archimède, maire de Morne-à-l’eau. Il est des noms aussi lourds que les choses qu’ils désignent. Ton père t’a montré un chemin que tu as suivi bien docile pour un temps et puis, tu t’es retournée et tu as ouvert ton propre chemin. Tu t’es faite avocate contre son gré, tu t’es engagée en politique dans l’arène réservée aux seuls hommes. Tu es entrée au parti communiste et tu as fondé un journal : l’Etincelle. Tu as pris le parti des femmes, celui de l’espoir et celui des enfants. Mais jamais un parti, une couleur, ou une position n’ont été synonymes à tes yeux d’un quelconque enfermement ou de quelque exclusion. Tu as défendu les femmes, mais pas contre les hommes : avec eux et pour eux. Tu as soutenu la cause noire, mais pas contre les blancs : avec eux et pour eux également. Tu as lutté pour les Antilles, la Guyane et les anciennes colonies, mais pas contre la France : pour la république fondatrice d’une nation. Ni le sexe, ni la couleur, ni la naissance n’ont été à tes yeux un destin. Tu as cru en l’idéal communiste parce qu’il montrait le chemin de l’histoire rimant en ce temps avec le mot espoir. On t’a fait députée, et tout près de la Seine, l’Assemblée nationale, et tout près de Germaine, tu gardais tes grands yeux vers l’aval, vers le Havre, le grand Ouest, les Antilles, la Guyane. Fidèle à toi-même, fidèle à tes promesses et tes engagements, fidèle à tes origines, fidèle à ton pays, ta nation, ton parti, tu étais amoureuse. Amoureuse d’un combat pour l’amour, la liberté et l’égalité. Tu étais femme, femme politique, femme, femme engagée, femme, femme communiste, femme, femme de combats, femme, femme créole et femme française, mais d’abord femme, et surtout femme. Et peut-être parce que tu étais femme, tu mesurais peut-être mieux que les hommes qui t’entouraient et te respectaient, toute l’ampleur du combat qui était à mener.

Enfants de l'école Gerty Archimède (12è arrondissement de Paris)

Enfants de l'école Gerty Archimède (12è arrondissement de Paris)

Combat pour le travail, combat pour l’égalité entre couleurs et entre sexes, combat pour les droits sociaux, combat pour l’éducation, le savoir et la culture. Alors, ici, tout près de la Seine, tout près de Germaine et du port de Bercy qui sent la même sueur que celle des dockers de Basse-terre, tes amis, qui résonne encore du bruit des barils éventrés de rhum ou de vin, peu importe, tu as ta rue dans Paris. Et quelle rue ! Toi qui connais si bien la Seine, toi qui comme elle, Archimède, Gerty Archimède, sais mieux que quiconque par l’histoire et par ton histoire, qu’un corps humain plongé dans un fluide reçoit de la part de celui-ci une poussée verticale, dirigée de bas en haut, largement supérieure au poids du volume de fluide déplacé. Toi qui as la mémoire douloureuse de l’histoire et l’utopie joyeuse du présent, tu nous invites dans ta rue qui commence par un lieu d’instruction et s’ouvre sur un lieu de culture à travers un espace de travail. Tu nous dis, à nous tous ici présents que nous ne sommes pas arrivés, que ce n’est qu’un chemin. Mais quel chemin ! Ton chemin.

Merci Gerty.

Pour les amateurs d’arts du mouvement, voici un petit article que j’ai écrit récemment dans le journal Lacroix en hommage aux grands disparus que sont Béjart et le mime Marceau:

Deux monstres sacrés de l’art du mouvement nous ont quittés : Marcel Marceau et Maurice Béjart dans les pas l’un de l’autre. Le mime et le pantomime. Deux artistes d’un même temps, d’une même époque, pourtant si différents. L’un aussi blanc et lunaire que l’autre est solaire autant que ténébreux. Le lisse et l’apollinaire, le dionysiaque et le mystérieux. L’un le regard clair et grand ouvert, mangé de ciel, accroché à la lune, et l’autre aux yeux perçants inondés d’ombre, le bouc saillant, la danse faite homme. Jamais le mime sans âge dont tout le geste gomme le sexe, livrant son corps abstrait comme page blanche à l’écriture des signes, ne fut au rendez-vous des danses du soleil. Dans la pénombre des sous-bois, le faune dansant brouillant les signes dans ses fourrés de gestes, fuira toujours les sourires blancs de l’astre pâle comme la peste. En vérité rien de plus proches et différents que ces deux là. Le pantomime qui épouse la danse séduit le mime mais ne caresse pas. Le pantomime, comme le dit bien son nom, veut tout (pantos). Ce tout, c’est la nature dans sa totalité. C’est le théâtre aussi qui convoque le monde. Théâtre total comme le rêvait Béjart où la danse est le centre. Mais c’est la pantomime, entre les drames, masques et caractères, les attitudes et les postures, les symphonies pour un homme seul, les messes pour le temps présent, les sacres du printemps et tous les boléros, qui mènera la danse. Héritier de Noverre, penseur de la pantomime, Béjart, un pied dans le siècle des Lumières et l’autre cherchant une nouvelle ère, restera à jamais en grand écart baroque au-dessus du grand siècle de l’ombre. Un siècle romantique qui eut le grand tort à ses yeux de faire sortir de ses abysses ces blanches corolles au venin foudroyant qu’on appela tutu, décimant peu à peu les danseurs mâles pour livrer toute la danse à la gent féminine. Et Béjart s’exclama : « Le tutu est un costume pornographique qui prouve combien était avilie la notion de danse ». Le danseur parle et hurle. Le mime se tait. Pierrot de lune, héritier pâle de ce siècle de l’ombre, le ballet blanc est passé sur son corps. Il reste homme sans être vraiment sexué. Son mouvement est silence. Mais un silence qui parle. Il articule les mots en gestes, cet « homme qui rit » au sourire dessiné, une larme dans les yeux. Un homme en négatif, sans poids, un Plume, plume blanche sur un fond noir. Un noir de l’existence, le tableau de la vie où il écrit sa prose. Le mime est une craie et la danse un fusain. L’un dit des histoires et l’autre trace des esquisses, des formes, des jaillissements qui laissent voir le mouvement. L’un de son corps abstrait fait lire des choses concrètes. L’autre, le danseur, s’emparant des signes qu’il s’amuse à brouiller, à mélanger comme les peintres la couleur, les transcende en mouvements qu’il mène à l’abstraction. Ainsi, le mime et le danseur, bien qu’utilisant tous deux les signes pour le mouvement, en font un usage différent. « Le mime est la prose du mouvement, la danse en est la poésie » disait Rudolph Laban. On peut bien-sûr trouver de la poésie dans la prose du mime Marceau, comme du prosaïsme dans la poésie de Béjart. Mais leur art est séparé par le mouvement comme la lune du soleil, même si tous deux éclairent l’humain en l’Homme.

Alain Foix

« La faiblesse de beaucoup d’hommes est qu’ils ne savent pas devenir ni une pierre, ni un arbre » disait Césaire aujourd’hui arbre sous le marbre. Mais pierre insaisissable sur laquelle on tentera en vain d’écrire toute sorte d’épitaphe pour tenir par le mot celui qui renversait les mots. Mais arbre d’éternité repoussant sitôt abattu, broyant la pierre qu’il ne peut être dans ses racines puissantes. Si arbre il est, il est comme disait de lui-même Toussaint Louverture : celui de la liberté des noirs qui sitôt abattu, « repoussera par toutes ses racines qui sont aussi profondes que nombreuses ». Mais là encore, les mots ne peuvent pas enfermer les êtres. Le noir de Toussaint Louverture comme le nègre de Césaire ne sont pas des pierres. On ne peut les enfermer dans leur couleur, car ces mots là sont du mouvement, mouvement de liberté. On ne peut être nègre que si on ne l’est pas seulement, que si on est dans le mouvement qui vous sort de vous-même, de votre identité fermée. La négritude bien comprise est d’abord une libération de soi sans reniement de soi. Pour avoir été mal compris, ce mot fut transformé en pierre de Palestine dans une guerre inégale, lapidant finalement celui-là même qui le lançait à l’univers hostile pour crier son identité dans la douleur. La négritude comme liberté est l’expression exacte de la liberté des noirs de Toussaint Louverture, car pour celui-ci, la liberté générale et l’émancipation humaine furent la condition posée pour cette liberté singulière. Mais dialectiquement, la libération des noirs est le fer de lance historique d’une émancipation humaine non encore totalement advenue. Ainsi Michel Leiris comme Alfred Métraux ou encore Blaise Cendrars et Jean Rouch, pour ne citer qu’eux, peuvent s’affirmer nègres sans rougir, car ils peuvent dire à l’instar de Lamartine : « Je suis de la couleur de ceux qu’on persécute ». Césaire est bien vivant car ses racines repoussent. Mais tout rejet suppose d’autres formes et d’autres chemins de croissance, des ouvertures à l’avenir. Comme tout penseur et tout poète Césaire nous fait grandir si on questionne sans cesse son dire sans le prendre à son mot.

Alain Foix

A la maison de l’Amérique latine ce lundi soir 14 avril, une belle tribune devant un public attentif et conquis. Autour de Jean Daniel, Régis Debray, Elias Sanbar et Edwy Plénel qui assume le rôle de présentateur. Il s’agit du dernier livre de Jean Daniel « Israël, les Arabes, la Palestine » édité par les éditions Galaade, qui organisent cette table ronde en partenariat avec la librairie Gallimard. Des mots empreints d’une belle humanité et baignés dans la profondeur. Des mots forts et ciselés. On parle de l’optimisme comme nécessité, comme position éthique (Sanbar) face à l’implacable rouleau compresseur du réel qui pousse au pessimisme (Debray). Ethique du dépassement du réel. Ethique de résistance. Et qu’est-ce qu’un résistant sinon un optimiste qui n’accepte pas le verdict du fait réel ? (Sanbar). Il est question du droit palestinien contre le fait israélien (Jean Daniel). Il est question du mensonge des mots (médiatiques et diplomatiques) laissant croire à des solutions de paix dans une situation bloquée (Debray). Mais Israéliens et Palestiniens n’ont-ils pas justement besoin des mots pour exister les uns face aux autres ? Les uns, Palestiniens revendiquant un mot, un nom, la Palestine, dont ils furent d’emblée dépouillés. Un mot recouvrant tout un peuple mis à nu. Les autres, Israéliens, n’ont-ils pas eux aussi besoin des mots pour recouvrir la nudité d’une conscience mise à mal par l’acte d’occupation ? Jean Daniel note la contradiction fondamentale entre le fait israélien comme territoire et le lieu d’énonciation du décalogue. Des mots en contradiction totale avec le fait. Israël comme géographie s’oppose à Israël comme lieu éthique. Sanbar note, en reprenant l’analyse de Debray (qui dénonce l’impasse et l’échec de l’espérance par la cartographie des territoires) que si l’on cherche sur une carte les frontières d’Israël, on est bien en mal d’en définir les lignes. Comme si finalement la conscience du décalogue empêchait le dessin définitif, l’avènement de la figure, du visage d’un Israël comme fait, comme Etat de fait. Alors il n’y aurait d’autre issue que les mots, en dernier ressort la poésie. Une poétique d’Israël contre une poïésis de la Palestine. Cela me rappelle ce mot que j’ai écrit un jour dans Libération : « La poésie est la peau brûlée du monde ». Elle est l’expression d’une souffrance qui veut recouvrir de beauté la laideur de sa peau brûlée en partant de la peau elle-même. Tant qu’il y a de la poésie, il y a de l’espoir.

Dans la salle, parmi les spectateurs, je remarque la présence de Stéphane Hessel. La beauté de ce vieil homme silencieux et attentif irradie de ses 90 ans la salle entière. Cet homme, mon ami Jean-Michel Helvig m’en avait abondamment parlé depuis quelques mois puisqu’il préparait avec lui un livre d’entretiens : « Stéphane Hessel, citoyen sans frontières » chez Fayard. Deux jours auparavant, lors d’un dîner entre amis, il m’avait remis cet ouvrage terminé avec en couverture ce beau visage de sage que je découvrais là, sous les lustres de cette grande salle. Je suis frappé, lors de quelques mots que j’échange avec lui à l’issue de la table ronde, de sa chaleur humaine et de l’empathie de son regard. Nous passons à table avec quelques convives choisis et, à côté de moi, sa femme me parle de cet homme, de leurs voyages réguliers dans les territoires occupés, logés chez l’habitant. Ils continuent à toute force le dialogue, de franches discussions avec Arafat de son vivant, le Hamas et les Israéliens. Des mots contre les bombes. Des mots vitaux. En fin de soirée, cet homme se lève et nous dit trois poèmes : l’un en allemand, de Hölderlin, l’autre en anglais, de Yates, le troisième en français d’Apollinaire. Je regarde ce pionnier de l’ONU, ce rescapé des camps de la mort, ce messager de l’espoir qui reste intact, sauvé de l’horreur par la poésie qui est sa mémoire motrice, qui le construit contre le pire. Cet homme ne vieillit pas. Il me rappelle ma grand-mère qui le jour de ses 100 ans nous avait récité « La mort de Jeanne d’Arc » de Péguy, un des plus longs poèmes de la langue française qu’elle avait appris sur les bancs de l’école communale quittés très jeune pour travailler les champs. Un long poème en français par une dame qui ne parlait que créole. Ces deux là usent de la poésie comme eau de jouvence. La poésie serait donc la jeunesse sans cesse réitérée de Candide contre la défaite de l’espérance.

Il est des jours, où dans sa solitude d’écrivain, levant les yeux de son clavier et relâchant la nuque sur son dossier, on se dit « à quoi bon ? » Et on est saisi d’un puissant sentiment d’inutilité. Et puis il nous arrive que la poste ou Internet vous apporte ces témoignages qui vous disent que vous n’écrivez pas pour rien. D’abord ce commentaire d’une lectrice apparemment vivant à Bondy qui me rapporte cette étonnante anecdote :

Quel étonnement d’entendre parler d’une communiste, d’une avocate et d’une religieuse, en clair, de votre pièce de théâtre “Pas de prison pour le Vent” à l’homélie du vendredi Saint, à St Louis de Bondy !
Meilleures pensées

Signé Prats

Puis cette jolie lettre manuscrite d’une lectrice parisienne. Il y en a bien d’autres, mais celle-ci est tellement mignonne que je la publie ici in extenso :

C’était par un joli matin d’hiver où le soleil inondait les trottoirs vides de Barbès… Dame chocolat, bien que chatouillée par les rayons du bel astre, avait bien du mal à se maintenir éveillée. Allons, allons, Dame Chocolat, un petit effort ! Il lui fallait au moins cela pour rassembler toute son énergie pour l’important rendez-vous qui l’attendait. Ce n’était décidément pas le jour où elle pouvait se laisser porter… il lui fallait se concentrer.

Nous y voilà. Dame Chocolat est arrivée et il ne lui reste que quelques marches à gravir avant son entrée en scène. Un tantinet dans la lune malgré ses efforts, elle s’achemine doucement vers cette grande porte qu’elle se voit déjà franchir… 3, 2, 1 et… « PATATRAS » !! Voilà Dame Chocolat à terre ! Se croyant déjà arrivée, elle avait tout simplement oublié de lever le pied… Tête dans la lune a tôt fait de redescendre. « VROUM … Bienvenue aux urgences ! » La bonne blague… En deux coups de cuiller à pot, voilà Dame Chocolat privée de son bras pour un mois… « BOUH » un mois, rien que ça !! C’est un comble, cette histoire !! Dame Chocolat qui a pourtant toujours le pied si léger… la voilà enfermée pour un mois dans un monde tout rétréci. Alors, de peur d’étouffer, elle s’échappe en se transportant dans un autre univers, une mémoire, celle de Petit Monde. De bien jolis mots, du grand monde des petits au petit monde des grands. Au fil des lignes, chaque soir a eu son petit morceau de mémoire. Et puis, de Lino à Lino, la boucle est bouclée et Dame Chocolat a été libérée !!

Soyez remercié, sire Cacahuète, pour cet oxygène que, chaque jour, vos mots m’ont apporté : une promesse d’évasion, un torrent d’émotions, un plongeon dans une histoire, la vôtre.

Merci

Signé Dame Chocolat, Céline.

Merci chères lectrices, de ces témoignages qui relèvent la tête de l’écrivain et replongent ses yeux dans la danse de ses doigts sur un petit clavier.

Claude Coulbaut qui va quitter la direction de la culture et de l’éducation du conseil général de la Seine Saint Denis après des décennies de bons et loyaux services, vient d’écrire un livre sur l’art à l’école intitulé “Ecole et création, de la rencontre au désir” (Editions Le passager clandestin). J’en recommande la lecture. Il m’a demandé de lui préfacer son livre, ce que j’ai fait avec grand plaisir. Je livre ici cette préface comme avant-goût de la lecture de ce livre.

 

Préface

 

Je suis de ceux qui, partis de l’école primaire Terre Saint-Blaise de Bondy Nord, franchissaient à pied le canal de l’Ourcq pour se rendre au lycée Brément de Noisy-le-sec. Mon professeur de musique m’attendait tous les matins à la station de bus. Il était aveugle et je l’aidais à traverser l’avenue et le terre-plein qui nous séparaient de la grille du lycée. J’avais 11 ans, et lui tenant le bras je me demandais : « Sait-il que je suis noir ? » J’espérais que non parce que ce non-voyant nous voyait par les yeux de l’esprit et, pour lui, j’étais un enfant comme tous les autres. C’est par l’esprit et le cœur que nous communiquions, par la musique. Et cette musique était universelle en ceci qu’elle prenait sens dans la communauté des individus et non dans l’agglomération des particularités.

Je suis de ceux à qui l’imbécilité, prenant parfois la voix d’un enseignant croyant bien faire, n’avait pas encore demandé « Alain (ou Ahmed, ou Malik), raconte nous ta culture ». Comme si une culture se racontait. Comme si le petit Michel né à Paris et à qui, bien sûr, on ne demande rien, pouvait raconter « sa » culture. On ne lui demande rien car on sait bien sans se l’avouer que c’est sa civilisation qu’on lui demanderait de raconter, et que la civilisation est bien l’objet de l’éducation et de l’enseignement, et que l’école existe précisément pour ça. Ce serait donc que « ta » culture serait ta propriété, une chose qui t’appartient en propre, un ornement qui te désigne comme tel et qui, par nature, ne peut être plus grand que toi-même. Raconte nous ta culture voudrait donc dire « dis nous qui tu es et, ce faisant, reste à ta place, sois sage comme une image, une image de toi. ». Se désigner ainsi est donc une autre façon de se taire, d’entrer dans le rang de sa particularité et d’y rester.

L’école est par nature normale. Elle définit des normes et ces normes se saisissant des différences, les intègre aujourd’hui par une perversion tout à fait inédite usant du mot culture, dans un ensemble normatif nouveau. La norme, comme la civilisation ne se dit pas, mais elle désigne et distingue (des cultures, des identités, des conditions). Elle désigne en creux, note et prend note, écrit sa partition qui ne peut être jouée que sur les différences de hauteur, de rythme et d’amplitude. Mais qui sont ces compositeurs qui écrivent cette musique répétitive où les mêmes interprètes lisant leur bulletin de notes pleurent au final sur leur bulletin de paie ? Ce bulletin là, au fond ne varie pas. Le ciel reste le même. Ce que dit Claude Coulbaut, est que ce ciel est dessiné par ceux qui font notre horizon et que cette musique prenant des airs de liberté, jouant sur les différences de timbres et de couleurs s’accordant au rythme trépidant de la modernité, nous joue toujours la même chanson : celle des natures humaines et des déterminismes. « Raconte nous ta culture » peut aussi bien signifier « raconte nous ta nature ». Il n’y aurait de progrès que dans les modalités du discours de surface qui s’accorde à l’air du temps. Mais la loi d’airain qui sous-tend ce discours reste la même car bien dictée par les besoins des capitaines d’industrie. Pas de progrès humain, c’est-à-dire d’humanisation générale tant que le mot culture sera l’otage du mot nature, tant que la culture restera synonyme de sensibilité par opposition à l’intelligence qui elle, serait du domaine de l’éducation, de la rationalité. Les quartiers sensibles seraient donc bien des lieux de sensibilité, d’expression des natures et des cultures qui les expriment.

Au lycée de Noisy-le-sec, le vouvoiement des professeurs aux élèves me faisait en sortir plus grand que je n’y entrais. Cet impersonnel du vouvoiement signifiait le respect contrairement au « tu » qui montre du doigt de haut en bas. Ramené, dès la 5ème près de chez moi, au collège Jean-Zay de Bondy Nord, j’eus, par le tutoiement et par les règles et comportements autoritaires et quasi militaires des professeurs, un sentiment violent de régression. Le mépris se lisait dans leurs yeux et sur leurs lèvres, à l’exception de deux d’entre eux : la prof de musique et celui de français.

Bondy Nord, banlieue dite dortoir, était peuplé en ce temps là d’immigrés Italiens, Portugais, Nord-Africains, de Corses, de Bretons et quelques Antillais, et le collège par conséquent, de fils d’ouvriers et employés. Ce que dit Claude Coulbaut sur les stratégies industrielles dont l’école est un outil, éclaire d’une lumière éclatante cette anecdote : Après une visite scolaire dans une usine de traitement de métaux, l’assistante d’orientation ayant en main mon dossier social (où il était écrit que ma mère était célibataire et aide soignante), et le « test d’intelligence » qu’on venait de nous faire passer, me dit que mon profil intellectuel correspondait à une orientation vers un B.E.P. de micro-mécanicien. Racontant récemment cette anecdote à un ami médecin, spécialiste du genou et ancien camarade de classe au collège Jean-Zay, celui-ci s’esclaffa : « A toi aussi, ils t’ont proposé de devenir micro-mécanicien ! ». Nous avons lutté lui et moi et quelques autres contre le déterminisme social pour suivre le chemin de notre volonté et de notre ambition. Nous n’étions pas, loin de là, parmi les meilleurs, mais sans doute quelque chose sur notre chemin personnel nous a aidés. J’ai le sentiment que nous étions plus nombreux hier qu’aujourd’hui dans le même quartier à tirer notre épingle du jeu. Sans doute en partie parce qu’il y avait plus de mixité sociale et culturelle, sans doute que nous étions mieux armés contre l’intimidation culturelle qui fait penser que le chemin de l’université et des grandes écoles, comme celui qui va au théâtre, n’est pas pour nous. Nous étions de ceux à qui on n’avait pas encore dit : « votre culture c’est ça, c’est vous. Votre culture c’est votre identité. Vous n’êtes rien d’autre que le produit de cette seconde nature qu’est votre culture ». Nous étions libres, c’est-à-dire, ouverts à tous les possibles, non enfermés dans cette carapace d’identité, cette servitude volontaire conditionnée par l’acceptation et l’intégration mentale de la détermination sociale et culturelle. Mais en ce qui me concerne, je sais que c’est au sein même de l’école que j’ai trouvé mes propres armes et compagnons de route. Ils s’appelaient musique, théâtre et littérature. Ce professeur aveugle d’abord, puis cette prof de musique à Jean-Zay qui eut la drôle d’idée de s’associer au professeur de français pour nous faire écrire des rédactions en écoutant Mozart et Beethoven. Récemment Paul Tabet, directeur de l’association Beaumarchais pour la création théâtrale me demanda : « d’où vient votre écriture ? » Je saurai aujourd’hui lui répondre : « Elle vient de là, de cette musique, de Beethoven sur un pupitre d’écolier. » Je me souviens que ces exercices n’étaient pas tombés comme cheveu sur la soupe. Elle nous y avait préparés. Je comprends maintenant que ce n’est pas simplement d’exprimer notre sensibilité sur un papier qu’elle nous avait demandé, mais de partir des impressions musicales pour structurer un discours lisible, logique et poétique. Elle n’opposait pas sensibilité et rationalité mais au contraire les reliait. Le professeur de français qui ne jugeait que sur l’écrit était bien là pour y veiller comme il veillait à ce que ces pièces de théâtre que nous étudiions en classe, puissent s’incarner pour nous sur scène par la présence de comédiens dans un théâtre autant que par l’analyse de réalités et de pensées qu’elles véhiculent. Ainsi, lorsque Petit Jean des Plaideurs de Racine nous dit : « Ma foi, sur l’avenir, bien fou qui se fiera. Tel qui rit vendredi dimanche pleurera », j’entends depuis toujours qu’une porte n’est jamais fermée définitivement, que l’avenir est le possible.

Ce possible là, je suis allé le chercher à la Sorbonne, passé mon doctorat et enseigné la philosophie en Seine Saint Denis. J’ai enseigné à des milliers d’élèves de niveaux et d’origines sociales différents entre Villemomble, Le Raincy, Pantin, Aulnay-sous-bois, Saint-Denis… Observant que parmi ceux qui étaient incapables de structurer correctement une dissertation, on trouvait les esprits les plus profonds, les plus questionneurs, j’en suis très vite venu à la conclusion que le discriminant n’était pas « l’intelligence », mais l’horizon culturel permettant l’intégration des normes. Le normatif permettant d’intégrer la norme est précisément ce qui ne s’enseigne pas en classe. On enseigne tout à l’école sauf la culture. Non pas ta culture ou sa culture, mais la culture. Celle dont pourrait être détenteur le petit Michel de Paris dont je parlais plus haut s’il était né dans le bon milieu. Celle dont on ne peut pas parler car elle est le fond de la civilisation. En réalité, c’est la culture qui conditionne l’éducation comme le nerf optique permet de voir sans être vu par l’œil lui-même. On ne peut voir la culture, sinon celle des autres, parce qu’elle est partout et nulle part. Ce qu’on appelle culture ce n’est pas donc pas une chose, mais une entité insaisissable qui se manifeste dans des expressions visibles et différentes. L’art, par exemple. La culture est une manière de saisir. Saisir veut dire comprendre, et comprendre, prendre avec soi. Mais cette manière peut être souple ou raide, jeune ou vieille. Plus elle est vieille, moins elle est souple, mais plus elle est précise, jusqu’à ce que la sclérose advienne. C’est pour cela que les gens les plus cultivés sont souvent les moins à même de saisir le nouveau dans l’art. Leur norme, c’est-à-dire leur mode de saisie, est dépassée. C’est pour cela que la création artistique, lorsqu’elle est vraiment création, c’est-à-dire production de nouveau est également anti-culture. Elle s’oppose à la culture comme donnée normative. Elle est enfance et veut parler à cet enfant en nous. Les enfants, je m’en émerveille sans cesse, souvent à l’occasion de mes interventions scolaires, ont une capacité absolument étonnante de saisir le nouveau et d’adopter l’étrange. Pas tous pourtant. Pas ceux qu’on a emprisonnés dans leur culture, c’est-à-dire dans leur image de soi qui est leur mode d’appréhender le monde. Enfants qui sont déjà très vieux car enfermés dans des adultes et dans leur origine. Et puisqu’ils sont déjà vieux, on peut les envoyer travailler à 14 ans. Les autres peuvent étudier jusqu’à 30 ans ou plus en profitant de la souplesse que leur offre la culture.

Que faut-il en conclure ? Qu’il faut avoir suffisamment de culture pour intégrer l’enseignement du nouveau et du normal comme donnée d’éducation. Mais dès que la culture devient normale et normative, elle est sédimentée et fige la capacité d’intégrer le nouveau. C’est pour cela que l’art est nécessaire à l’école encore plus qu’ailleurs. Il est le détergent de l’éducation. Un anti-amidon qui lui offre par la mise en question, par la capacité critique sans cesse renouvelée, la souplesse nécessaire pour opérer cette rencontre toujours très délicate entre le porteur de civilisation et l’étrange étranger qui est l’enfant, ce porteur d’inquiétude et de questions. Car contrairement à ce que pensent beaucoup dans les directions de théâtres, de services culturels et même au sein des ministères de l’Education et de la Culture, on ne fait pas de l’art dans les écoles pour « sensibiliser » autrement dit « apporter » de la sensibilité, mais pour éduquer le goût qui est le sens de la saisie de l’environnement sous l’angle de la qualité. Toute qualité suppose sa critique. Mais le goût va bien au-delà de la simple détermination entre le bon et le mauvais. Avoir du goût c’est être capable de se saisir d’une forme pour en décliner ses contenus. C’est être à la fois cultivé et suffisamment naïf et enfantin, ouvert, pour absorber et apprécier tout l’apport du nouveau. La culture en action est donc cette souplesse de l’esprit renouvelée en permanence par l’exercice fréquent de la rencontre avec l’étrange étranger, l’anormal, le mystérieux, l’énigmatique, le nouveau ou la création artistique qui rassemble tout cela. Entre l’enseignant et l’élève, il faut donc un troisième homme, l’artiste, qui triangule cette relation frontale et normative, qui les mette côte à côte devant la même interrogation. Pour nombre d’enseignants, l’artiste est l’ennemi qui perturbe l’ordre hiérarchique entre le dominant enseignant et l’élève dominé. Ce n’est pas sans raison. Il y a nécessité que le savoir s’associe au pouvoir dans le respect de part et d’autre. On n’apprend rien d’une personne qu’on ne respecte pas. On n’enseigne rien à une personne qu’on méprise. La peur de certains enseignants est de se retrouver en culotte courte face à l’artiste, à côté de l’enfant. C’est pour cela que dans cette rencontre, l’enseignant doit devenir le médiateur qui cède sa place frontale tout en trouvant une place dans le dialogue entre l’enfant et l’artiste. C’est l’enseignant qui ouvre la porte, position délicate. C’est lui qui doit être préparé le premier.

Au fond, il faudrait dire que l’Art est le mal nécessaire de l’éducation. Il est ce vent perturbateur qui déplace les pupitres et les bureaux, le maître, l’élève et les cahiers d’écolier, qui apporte le désordre. Mais l’ordre n’a de sens que dans la gestion du désordre et le cosmos dans l’organisation du chaos. Eduquer c’est aussi donner des armes devant l’imprévisible, structurer l’esprit sur le fond du sensible. L’Art à l’école est un cheval de Troie, il faut bien le savoir. Mais toute l’histoire de l’humanité atteste jusqu’à nos jours dans les développements de l’informatique et de la biologie, que le progrès est la réponse donnée à l’ouverture de ses remparts à toutes les formes de chevaux de Troie comme dons de l’Autre en ses frontières.

Alors bien-sûr, l’introduction de l’Art à l’école est une question de fond qui doit être traitée sans fausse naïveté comme le fait Claude Coulbaut. Il la pose d’emblée sur le seul terrain qui vaille en cette mesure: celui du politique comme combat toujours renouvelé entre dominants et dominés. L’Art comme cheval de Troie est l’introduction d’une ruse de l’esprit et de l’intelligence sous la forme du beau, du merveilleux et de l’étrange dans les remparts de la Raison. Une Raison qui, si on n’y prend garde, devient toujours dans l’immobilité de ses frontières, celle du dominant sur le dominé sous pavillon de l’Industrie et du Commerce.

 

Alain Foix

Sacré Finkelkraut! A peine ai-je posé pied sur le sol glacé de la métropole, qu’il me cueille à froid sur France Inter à propos de la fameuse décivilisation qu’il diagnostique. Il donne 3 exemples de décivilisation: le bruit dans les banlieues, le bris chaises de Bartabas au Ministère de la Culture et les mauvaises blagues de Thierry Ardisson. Sidérant raccourci, vertigineuse synthèse. De l’art d’interroger le cosmos par le petit bout de la lorgnette. Vertige d’une pensée qui conjugue allègrement hauteur et bassesse, lucidité et aveuglement. Drôle de plat que le Finkelkraut, un waterzoï intellectuel , mixture étonnante où l’on trouve pêle mêle intelligence et stupidité. Séduit par un trait de pensée, on applaudit avant d’avoir la nausée après mastication. Il assène à Nicolas Demorand et à la France entière: “la gauche ne peut diagnostiquer le désastre, car elle a épousé le désastre”. Formidable philosophe qui ne sait reconnaître de droit à l’erreur. S’il est difficile de contredire, hélas, le fait que la gauche pendant ces 25 dernières années a poussé au crime en encourageant la vulgarité et la bêtise sur la base d’une “pensée” politiquement correcte, il est par contre impossible d’accepter, ne serait-ce qu’intellectuellement, le fait qu’elle ne puisse pas elle-même se questionner sur ses erreurs, et de ce fait poser des diagnostics sur sa conduite autant que sur les phénomène sociaux qu’elle a épousé. Il y aurait donc une essence de la gauche qui la fixerait à jamais dans ses erreurs. Sans compter que finalement, on se demande ce qu’il entend par la gauche. On a affaire à une pensée à la fois grossière et finassante. Une espèce de Sophiste contemporain qui aurait pris le masque et la posture du philosophe.

Bonne année à tous et meilleurs voeux.

L’écrivain s’est mis en vacances de son blog pendant quelques temps et observe, pieds et mains palmés, les bavardages des poissons multicolores du fond de la mer caraïbe.

A bientôt donc

Mon jardin est merveilleux, d’une fécondité rare et d’une activité sans pareille. La sève bouillonne aux premières caresses du printemps. Angiospermes ou plantes à ovaires, gymnospermes et spermatophytes sont en émoi. Bourgeons et fleurs turgescentes, pistils enflammés. Mon bananier rêve de bananes. Mon cerisier laisse choir sa robe immaculée à dentelles virginales en rougissant sous l’explosion de cerises vermeilles que les amants accrochent en boucles à leurs oreilles. Bourdons bourdonnants et abeilles butinant sous la robe sombre de mon épicéa qui fait gicler sa sève en abondance et qui n’en a jamais assez, ce pinacée qui jette incontinent sur l’herbe folle mêlée de fleurs sauvages un grand tapis de pines vertes et rousses.  Sous le bosquet de noisetiers à l’air timide qui borde un petit chemin sentant bon la noisette où je circule à bicyclette, il s’en passe de vertes et de pas mures. Suffit de l’observer. C’est le domaine des chats du voisinage qui en ont fait un lupanar au clair de lune et le terrain renouvelé de tous les enfilages à l’ombre complice d’une vigne vierge montée à l’assaut d’un mur décrépit. Leurs râles me crispent à l’heure même où j’écris. Il n’y a guère qu’au sein du mini marais que j’ai creusé au cœur d’un bosquet de bambous qu’on trouve, sous la surface sereine et lisse d’une eau limpide, des êtres qui semblent imperméables au vice. Ce sont mes 7 poissons qui dansent en mouvements lancinants mais chastes et que j’observe depuis tant et tant de temps en espérant y voir naître un enfant. J’ai laissé choir l’espoir. Ils sont 7 et resteront 7 jusqu’à ce que mort s’en suive. Il m’a bien eu, ce bougre de marchand aquariophile me refilant  7 mâles ou 7 femelles. Alors, dépité, mais bien rasséréné par les caresses mentales de l’eau, je me retourne vers mon figuier filou et fabuleux aux mille couilles charnues et chatoyant du vert au violacé. Il prodigue en abondance 3 portées de figues délicieuses par an. Que mon épicéa à la taille gigantesque ou mon beau cerisier veuillent bien me pardonner, mais c’est bien lui le roi, le magnifique figuier qui trône à l’entrée de la cour arrière. Ou plutôt, c’était, car il commit l’outrecuidance de balancer insolemment ses attributs sexuels devant les fenêtres vertueuses aux tulles toujours tirés  de ma voisine de derrière, une vieille fille noiraude et triste, déjà exaspérée sans doute par ces lascifs ballets de chats et chattes en chaleur, ces balancements crispants des angiospermes et autres gymnospermes, ces bouillonnements de sève. Trop de sexe dans mon jardin. Alors elle m’assigna devant un tribunal pour me contraindre à ôter de sa vue tout ce sexe qu’elle ne saurait voir. L’arrêt du tribunal est sans appel. Monsieur Foix est condamné à ses entiers dépends à couper tout arbre dépassant de deux mètres le haut du mur de madame X. Adieu belles figues dorées. Je dus t’émasculer, mon beau figuier en ce dimanche ensoleillé et froid. N’empêche, le printemps reviendra et avec lui la transe libidinale d’un jardin luxuriant. Rejets et sauvageons sortiront de plus belle et la triste voisine de derrière n’aura pour elle que ses prières.  

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